L’ETAT DOIT-IL FINANCER LA CONSTRUCTION DE MOSQUEES ?


C’est Nicolas SARKOZY qui vient de relancer le débat sur le financement des mosquées, dans l’ouvrage qu’il vient de faire paraître : « La République, les religions, l’espérance ». Bien entendu, un financement par l’Etat serait totalement contraire à la loi de 1905 dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui déclare dans son article 2 : «  La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Nicolas SARKOZY suggère donc de « faire évoluer le texte ».

Bref, il propose d’aider à la construction des édifices confessionnels et à la formation des ministres du culte. Il rejoint une déclaration précédente de Pierre BEDIER, alors secrétaire d’Etat aux programmes immobiliers de la justice, qui voulait sortir « de l’hypocrisie » : il est « plus sain que les mosquées soient financées par des fonds publics que par des Etats. En ce sens, il faut réformer la loi de 1905. ». Et il est vrai qu’en pratique, les mosquées en France sont souvent financées par les Etats étrangers, par exemple par l’Arabie saoudite, ou par le Maroc, etc

Sous-entendu : les musulmans sont dans une situation d’infériorité, par exemple parce qu’en France, c’est la puissance publique qui entretient les églises. Mais il faut rappeler la réalité, qui est un peu différente. Il y a deux sortes de situations : soit l’église a été construite avant 1905, soit elle a été construite après.

Avant 1905, les églises ont été construites par la générosité des fidèles et non par l’Etat : depuis le Moyen Age et dans les siècles qui ont suivi, les cathédrales comme les simples églises n’ont été financées que par la charité, les dons des fidèles. En 1905, l’Etat a nationalisé les églises et il a transféré la propriété des simples églises aux communes et des cathédrales à l’Etat. Depuis cette spoliation, municipalités et Etat doivent entretenir les églises, ce qu’ils font d’ailleurs d’une manière fort inégale suivant les cas, puisque certaines sont fort bien restaurées, alors que d’autres menacent ruine. Ce n’est pas un privilège donné à l’Eglise catholique, c’est au contraire le résultat d’une spoliation, d’une nationalisation. L’Etat ne peut pas être propriétaire sans assumer ses devoirs de propriétaire. Cela porte sur 45 000 églises et 95 cathédrales.

Ensuite, il y a le cas des églises construites après 1905. Celles-ci ont été entièrement financées par les fidèles, puisque la loi de séparation interdit tout financement public des cultes. Bien entendu, ce sont les diocèses qui en sont propriétaires et qui doivent donc en assumer l’entretien. Des quêtes spécifiques ont lieu pour cela et cette charge est lourde. L’Eglise a ainsi construit, depuis 1905, 2014 églises, en général dans des quartiers urbains nouveaux. D’autres constructions seraient nécessaires, mais le rythme dépend de la générosité des fidèles et non de la puissance publique, qui ne peut légalement y participer.

La situation des musulmans est au fond comparable à celle des chrétiens dans ces quartiers nouveaux : les uns ont besoin d’églises nouvelles dans ces quartiers, les autres ont besoin de mosquées pour accueillir une population musulmane croissante en France. Il n’y a pas de différence majeure. Il est vrai que dans le cas des musulmans, la générosité des fidèles est en général insuffisante et les imams préfèrent faire appel à un financement extérieur que des pays comme l’Arabie saoudite accordent volontiers, ce qui leur permet de contrôler beaucoup mieux le culte, faisant de l’Islam une religion en France largement dépendante d’Etats étrangers, à tendance plus ou moins fondamentaliste. Cette situation, en effet, n’est pas saine et il n’est pas normal que les Etats étrangers financent ces mosquées. C’est une sorte de nationalisation par un Etat tiers, ce n’est pas mieux qu’une nationalisation franco-française…

Pour autant, la proposition SARKOZY visant à faire financer les mosquées par l’Etat français -et plus encore la formation des imans- n’est pas recevable. Que l’on favorise les dons des fidèles par des techniques de déductibilité, comme cela existe pour les chrétiens où le denier du culte (denier de l’Eglise aujourd’hui) est, depuis quelques années seulement, assimilable à un don caritatif et donc ouvre droit à une déduction partielle d’impôt, c’est tout naturel. Mais que l’on considère la religion comme une sorte de service public (le service public de la religion nationale ou plutôt des religions nationales) est totalement inacceptable.

Il parait que M. SARKOZY veut faire émerger un Islam de France ; c’est sans doute souhaitable, mais ce n’est pas à l’Etat de s’en occuper. Il est d’ailleurs déjà assez scandaleux que ce soit l’Etat qui ait prétendu organiser le monde musulman, en mettant en place un conseil français du culte musulman. A quand le retour à la nomination des évêques par le chef de l’Etat ?

La religion est une affaire trop sensible, trop personnelle, trop intime, pour que ce soit l’Etat qui se charge de l’organiser ou de la financer. Qu’on accorde aux musulmans les mêmes libertés civiles qu’aux membres des autres religions, cela va de soi. Mais, par pitié, qu’on laisse l’Etat en dehors de cela. Et qu’on ne cherche pas à mettre les religions sous la coupe de l’Etat, voire à les nationaliser…Autant nationaliser les consciences.



 

 

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